L'atelier de couture, atelier de tricot, moments de vie pour construire la marque pitchipitchi : doudou, turbulette doudous, trousse... Tout ce que je fabrique avec mes 10 doigts

MadiKoulé a quinze ans, un regard intelligent.
Son visage est souvent inexpressif, impassible volontairement.
Il appartient à une grande famille de griot, mais ici, personne ne le sait. Il marche la tête haute.
Sur ses yeux et en dessous, des tâches de naissances discrètes lui donnent l'air d'un clown triste.
Enfant, il se sent différent. Il masque sa souffrance, s'entête souvent et n'essaie presque jamais.
Dans la cour, il hurle aux quatre vents. Je le regarde de manière apaisée et j'aimerais pouvoir le protéger.
Nous sommes tous assis. Leur courroux l'accable. Les mots tombent drus, condamnation sans appel.
Ses larmes coulent... "Larmes de crocodile", "Madikoulé est uniquement piqué dans sa fierté, ce n'est
pas pour ça qu'il se mettra au travail demain"...
Certainement, mais c'est un refuge, que faisons nous pour l'aider ?
Je ne savais pas quoi faire devant cette détresse, ces phrases définitives. Je n'aime pas que l'on parle
comme cela. Je n'ai pu que tendre un mouchoir. Il y a en moi la conviction qu'ils se trompent, que
Madikoulé est immature, mais seulement cela. Son âme est digne et belle comme un guerrier Masaï.
Il joue à être incopris, différent. N'est ce pas une manière d'exister enfin dans notre regard ?
Il joue avec son image de condamné, mais il est là, il n'est pas loin, dans le sourire échangé.
