
Pour l’écriture de ce qu’on ne peut vivre
On écrit toujours ce qu’on ne peut pas vivre. Mais l’écrivain est aussi, comme disait Camus, à la fois solidaire et solitaire. Il travaille devant une feuille blanche, il n’a rien d’autre. Un compositeur a un piano, un luth, ou un clavecin. Il entend ce qu’il fait. Un professeur est accompagné. Mais quand un écrivain se retrouve tout seul devant ce papier, il souffre. C’est là qu’est la solitude. Allez, sors ce que tu as à dire. Ne mens pas au lecteur parce que si tu lui mens, tu te mens à toi-même. Se mentir à soi-même est la pire chose qui puisse arriver à un être humain. L’écriture peut aussi donner lieu à une œuvre imaginative. Que serais-je devenu si j’étais rentré chez moi en tant qu’ingénieur chimiste, sans avoir jamais écrit de livres ? Mystère. Un verset dit : "votre prophète ne peut pas prévoir l’avenir". Nous ne pouvons le prévoir, mais nous pouvons l’imaginer. Le véritable travail d’écriture se fait par cet imaginaire, bien plus vaste que le sensible ou l’intellect.
Driss CHRAIBI